JAZRA KHALEED

REQUIEM

POUR HOMS

ET AUTRES POÈMES

Édition bilingue

français/grec

Format

21 X 14,5 X 1 cm

 Pages

104

Couverture

Papier lisse teinté dans la masse (sans acide) grenat - 240 g
Impression en xérographie 

Intérieur

 Dos carré - cousu - collé
Papier lisse (label FSC)

gris - 80 g

ouvrage tiré à 300 exemplaires

Poids

145 g

Imprimé et fabriqué en France

par l'atelier des éditions Dynastes

isbn : 978-2-9540904-4-3

Dépôt légal janvier 2022

prix public 18  

Presse

Une poésie ouvrière et antifasciste

"Son lyrisme direct touche au vif... Il faut imaginer le poète lancer ses vers au public, célébrer le courage du peuple de Homs en armes, et son martyre.... Requiem pour Homs est un cri, contre les assassins de la liberté, ceux qui bombardent les hôpitaux et les quartiers pauvres, les cimetières et les jardins étiques remplis d’enfants... Vous l’entendez, la voix de Jarza Khaleed est d’une puissance considérable... " Fabien Ribery - L'intervalle

"Le souffle est là pour mettre le feu à tout ce qui opprime à tra­vers des choses vues et des per­son­nages per­dus... Le poète, au-delà la Grèce, brasse l’univers mon­dia­liste libé­ral pour en mettre à nu tenants et abou­tis­sants... Sa poé­sie se veut ainsi mani­feste, dazi­bao qui dépasse l’espace du livre même s’il trouve ici une belle assise." J-P Gavard Perret  - Le Littéraire

"C'est une charge poétique, un assaut, et c'est magnifique. Magnifique dans l'éclat de la violence et dans le flux épique du rythme. Khaleed répond à l'agressivité et à la bêtise du monde par la beauté sombre des images, par la subtilité des agencements. C'est une lecture qui fait mal, parce qu'elle nous engage à ne rien ignorer. C'est une lecture qui fait du bien. Parce qu'elle nous engage." Nicolas Marchal, écrivain et chroniqueur sur Le blog des Lettres belges francophones Le Carnet et les Instants

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"À Homs, la faim est la seule autorité, la seule vérité,
le seul dieu. À Homs, la faim est la seule langue,
et comme toutes les langues, elle peut t’anéantir."

Extrait

 

Ainsi est mort Ibrahim Hamdi,
blessé par la Syrie, assassiné
avec une lame dont tous savent qui l’a aiguisée.
Ils l’ont tué, ils l’ont égorgé sauvagement, froidement,
lui, un homme honnête et droit, un journalier,
à la main sûre et aux rêves patients.
Ils l’avaient frappé dès son plus jeune âge de la tête aux pieds,
les patrons, les petits chefs et les policiers,
jusqu’à ce que mûrisse en lui la colère, qu’elle prenne forme,
jusqu’à ce qu’un jour il rassemble ses droits,
sa violence, ses vers et descende dans la rue ;
il a grandi d’un coup en rejoignant ses camarades.


Chantez-le ! Ils l’ont égorgé
parce qu’au cours de sa vie il n’avait jamais changé de bord,
parce qu’il parlait fort pour sa classe sociale.
Que ses chansons deviennent fleuve,
que les voix se déchaînent,
que les os se raffermissent,
pour que d’une souffrance naisse la liberté.
Chantez-le !
Au diable Bachar, au diable, au diable,
au diable l’armée syrienne et les chabbiha,
au diable les mercenaires et les mouchards !

Ainsi est mort Ibrahim Hamdi ;
il avait l’habitude de se faire une raie dans les cheveux
et il portait toujours un caleçon propre,
comme le lui avait conseillé sa maman.
Ainsi est mort Ibrahim Hamdi ;
il a résisté, il a pleuré, il a prié,
il a eu une mort arabe de bout en bout ;
Homs l’a veillé tout comme son propre destin.

5.

Chaque habitant de Homs a un chien qui le suit, la plupart l’appellent chien de la faim, un petit nombre l’appelle chien d’Assad, seul un vieillard à Karm al-Zeitoun l’appelle Badr, du nom de son petit-fils de huit ans qu’ont égorgé les chabbiha au matin du vendredi 9 mars 2012. 

 

*

Le chien de la faim suit toujours pas à pas son maître ; lorsque celui-ci s’assied pour se reposer, lui se couche dans l’ombre la plus proche, lorsqu’il sombre dans le sommeil, il monte la garde près de lui. Si tu le vois ouvrir la marche, le museau en l’air, c’est que son maître a commencé à s’affaiblir, bientôt il ne pourra même plus marcher, et le chien part à la recherche de quelqu’un d’autre à suivre.

 

*

Le chien de la faim est fait de la chair de son maître ; plus celui-ci s’affaiblit, plus lui se fortifie, le chien convoite toute la chair pour lui seul, c’est pourquoi il laisse son maître s’affaiblir, jusqu’à ce qu’un jour celui-ci tombe. Et se décompose. Et le chien a déjà trouvé un nouveau maître, de la chair fraîche.

 

*

Comme les poissons vivent dans la mer, ainsi les habitants de Homs vivent dans la faim, on pourrait dire que la faim est devenue leur milieu naturel : ils dorment dans la faim, se réveillent dans la faim, cherchent à manger dans la faim, font l’amour dans la faim, enterrent les leurs dans la faim. Rêver est la seule chose qu’ils ne peuvent pas faire dans la faim, tout ce qu’ils voient quand ils ferment les yeux c’est eux-mêmes en proie à la faim.

 

*

À Homs, la faim est la seule autorité, la seule vérité, le seul dieu. À Homs, la faim est la seule langue, et comme toutes les langues, elle peut t’anéantir.

La traduction française de ce recueil
a été réalisée de février à juin 2021
dans le cadre d’un atelier traduction de Phonie-Graphie
(https://phonie-graphie.org/),
association qui œuvre depuis 1994
pour la promotion du grec moderne en France.


Elle est le fruit d’un travail collectif effectué grâce
à la mobilisation, la persévérance et la bienveillance
des membres et élèves de l’association :


Michel Anastassiades
Monique Bonnet
Annie Chatjispirou
Marie-Claude Chaudron
Françoise Colcanap
Jean-Pierre Covo
Anne de Pesloüan
Catherine Dupressoir
Valdo Kneubühler
Hélène Liszewski
Sarah Olivier
Micheline Rondou
Laurence Viguié


sous la direction et la coordination de Panos Angelopoulos,
traducteur et enseignant de grec moderne.

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Jazra Khaleed est poète, traducteur, cinéaste et éditeur.

Né en 1979 à Grozny, en Tchétchénie, il est citoyen grec et vit aujourd’hui dans le quartier Exarcheia à Athènes.

Ses poèmes ont été traduits et publiés en Europe, aux États-Unis, en Australie et en Asie dans des magazines prestigieux tels que World Literature Today, Modern Poetry in Translation, Westerly, Poetry International, The Guardian, The Los Angeles Review of Books, Lichtungen, Glänta, die horen, manuskripte.
Ses publications les plus récentes sont The Light That Burns Us (World Poetry Books, USA, 2021) et μα είν’ αυτό ποίηση; (Mais est-ce de la poésie ? Teflon Books, Grèce, 2020).

 

En juin 2014, son projet/performance avec Timos Alexandropoulos "Poetry Is Just Words in the Wrong Order" a remporté le SOUNDOUT!, prix international des nouvelles manières de présenter la littérature à Berlin. La même année, il a coécrit le scénario et coproduit le court métrage La mer Égée ou le trou du cul de la mort (réalisé par Eleni Gioti) basé sur son poème du même nom. Ce court métrage a été récompensé par le prix Zebra Poetry Film Festival (Berlin), le Festival des cinémas différents et expérimentaux (Paris), et le Balkans Beyond Borders Short Film Festival (Sarajevo, Bosnie-Herzégovine).
 

Jazra est cofondateur et rédacteur en chef de la revue littéraire athénienne Teflon, dans laquelle on peut lire de la poésie, des essais, des traductions de poètes du monde entier. Il a lui-même traduit et présenté des poèmes d’Amiri Baraka, Elfriede Jelinek, Bert Papenfuss, Keston Sutherland, Lionel Fogarty, Barbara Köhler, Ann Cotten, ainsi que de nombreux autres poètes politiques et expérimentaux. Pour la revue Teflon, il écrit également des essais sur la poésie aborigène australienne, la poésie d’avant-garde de l’Allemagne de l’Est et celle du hip-hop.

Dans ses poèmes Jazra proteste contre la guerre, le fascisme, les injustices sociales, la brutalité policière, le racisme, le sexisme et les conditions de vie indigentes des migrants en Grèce. La poésie, qu’il écrit et interprète, est une poésie de performance, une véritable prouesse technique qui porte autant sur la syntaxe que sur le rythme. C’est à la fois un acte de mémorisation et une arme qui donne la parole aux opprimés. C’est une poésie politique, radicale, ardente qui combat la propagande, les discours réactionnaires et fascistes.

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